• La loi d’amnistie des indépendantistes catalans a beau avoir été adoptée le 30 mai dernier, de nombreux juges espagnols continuent de multiplier les procédures pour empêcher la levée des mandats d’arrêt contre les exilés et l’annulation des condamnations contre les autres. Le sort de 486 personnes est en jeu. Même s’il est à nouveau député régional et s’il brigue la présidence du gouvernement de Barcelone, l’ancien président catalan Carles Puigdemont n’est pas près de rentrer librement dans son pays.

  • Entendue d’en haut, la rumeur d’en bas dérange. Les pouvoirs n’aiment que la parole qui les louange. Pour faire taire leurs opposants, les dictateurs les tuent. Pour museler leurs critiques, les élites les huent. C’est pour ça que la parole est essentielle. Petite ou grande, chuchotée ou hurlée.

  • La Cible. Le titre est violent. Démesuré pour une simple affaire journalistique? Il faut connaître la fin de l’histoire pour en juger. Le 6 décembre 2016, le Dr Alain Sirard se suicide, trois ans après la diffusion d’un reportage à la télévision nationale qui prétendait décrire son acharnement à vouloir démontrer la maltraitance chez des parents dans sa pratique à l’hôpital Sainte-Justine. Le livre du professeur Marc-François Bernier est une leçon de journalisme incontournable.

  • L’évolution, la mode ou la politique changent le langage. Même la langue. Par exemple, le terme « sexe » est maintenant, littéralement, ambivalent. Des mots jadis aussi simples que « genre » sont devenus moins nets. «Droite» et «gauche» ont aussi suivi, voire subi des cours de ré-orientation.

  • Dans le langage de la sociologue Nathalie Heinich, « l’expérience de la maison est au-delà de la question de l’habitat. Peut-être parce qu’une maison a des racines qui l’enfoncent dans la terre et des ailes qui la tirent vers le ciel ». C’est dire à quel point les maisons ne sont pas tout à fait des bâtiments comme les autres. Sans doute est-ce parce qu’aux yeux de l’architecte Ando Tadao, « la maison est la construction la plus intime et la plus révélatrice de la vie des humains ». D’où l’intérêt porté aux constructions aux allures modernistes qui ont surgi au Japon depuis 1945.

  • Difficile de comprendre comment on a pu en arriver là. Comment, par exemple, un sans papier mexicain devenu coiffeur à Miami peut-il encenser Donald Trump, ainsi qu’on pouvait le lire dans La Presse récemment ? Pourquoi les Français se sont-ils vus forcés de choisir entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélanchon ? Les Canadians opter pour Trudeau ou Poilièvre ? Comment expliquer cette perte de références et de repères qui confine aux extrêmes, sinon par un sentiment d’inconscience ou de non-appartenance ? Peut-être cela tient-il à la notion d’identité. Comme si nous avions oublié qui nous sommes et d’où nous venons; ce qui nous définit collectivement, comme l’ouverture aux autres et l’aide aux plus démunis. Et tant qu’à y être, notre rapport au territoire et à ceux qui l’habitent avec nous. Hum ? Quand même étrange qu’un polar nous amène à poser de telles questions, non…

  • J’ai vu il y a quelques jours, dans la salle 2 du cinéma Beaubien Dis-moi pourquoi ces choses sont si belles de Lyne Charlebois. J’étais assis dans l’avant dernière rangée avec, devant moi, un parterre de têtes blanches. C’est un film sur le Frère Marie-Victorin (1885-1944), botaniste, fondateur du jardin botanique de Montréal, auteur de La flore laurentienne, figure emblématique de l’histoire des sciences au Québec : un homme lumineux, dans la très catholique et conservatrice société québécoise des années 30 et 40.

  • Les Français qui se plaisent à ridiculiser leurs dirigeants en les affublant de sobriquets divers, surnomment volontiers le président Macron Jupiter. Un Jupiter maître de l’Olympe, qui se veut à bonne distance des mortels et laisse libre cours à son caractère autoritaire et ombrageux. Dimanche 9 juin au soir, c’est effectivement d’un coup de tonnerre digne des foudres du dieu grec qu’il a traumatisé politiciens, observateurs et électeurs de son pays.

  • Les premiers ministres Justin Trudeau et François Legault se sont rencontrés à Québec le 10 juin dans le but d’apaiser les tensions entre Ottawa et Québec au sujet de l’immigration. Le chèque de 750 millions offert à Québec est bien accueilli, mais la vision divergente des deux chefs de gouvernement persiste. Ni l’un ni l’autre n’osent pourtant s’attaquer de front au mal d’où découlent les besoins toujours grandissants de main-d’oeuvre étrangère.

  • Comme jadis les communistes orphelins de leur patrie du socialisme, le Parti québécois va devoir faire son deuil des modèles européens de voie à l’indépendance. En mars 2023, le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon se rangeait encore derrière la démarche des indépendantistes écossais. « On s’inspire beaucoup de Scotland’s Future, des documents produits en 2014 et renouvelés par la suite en 2022 avec Building a new Scotland. Ce sont des cahiers accessibles à la population qui répondent en termes simples sur l’intérêt du projet d’indépendance et sur l’après-indépendance »[1]. Ces phrases, PSPP n’oserait probablement plus les prononcer un an plus tard alors que le nouveau premier ministre indépendantiste de l’Écosse, John Swinney, ne parle plus, contrairement à ses prédécesseurs Nicola Sturgeon et Humza Yousaf, de transformer le prochain scrutin national en élection référendaire.