Depuis quelques années, la région située au nord du cercle arctique fait parler d’elle comme jamais auparavant. Le réchauffement planétaire y est pour beaucoup: la fonte de la glace de mer a ouvert ou promet de rendre plus praticables de nouvelles routes maritimes dans un coin de la planète où le Canada croyait jusqu’à récemment exercer une souveraineté incontestable.
La guerre que mène Israël contre le Hamas continue à faire des centaines de victimes dans la Bande de Gaza, après un cessez-le-feu qui a duré deux mois. Les hostilités et les activités militaires israéliennes ont repris, la destruction d’infrastructures civiles aussi, et des otages israéliens sont encore détenus par le Hamas. Comme au début de cette guerre il y a 18 mois, les victimes du conflit se demandent où sont les leaders du monde et que font-ils pour tenter d’y mettre un terme.
Au moment où vous lisez ces lignes, vous êtes déjà sans doute beaucoup plus étourdi encore que moi quand je les écris. Jour après jour depuis le 21 janvier, le président Donald Trump multiplie annonces, déclarations, décrets, intimidations, menaces, mensonges et … changements de cap impromptus qui n’ont pour seuls résultats ou objectifs que de mettre le Canada sur le qui-vive, de propager le chaos, tant chez nous qu’à l’étranger et qu’au sein même des États-Unis.
Les foules huent l’hymne américain lors de joutes de hockey à Montréal, Ottawa et Vancouver, de basket-ball à Toronto. En Ontario, un fromager canadien, Black Diamond, déploie des affiches arborant le slogan « Fait avec 0 % de fromage américain ». Tandis qu’au Québec, la bière Boréal défie les USA avec le slogan « Je bois local mon Donald ». Entretemps, le géant américain de l’alimentation Heinz fait passer de la publicité à la télé informant le public anglophone que les tomates de son ketchup sont à 100 % canadiennes. Entre Canadiens et Américains, le courant ne passe plus.
Selon le compte du Washington Post, lors de son premier mandat, Donald Trump a diffusé 30 537 mensonges. Une moyenne de 21 inepties par jour. Mais comme il a passé une journée sur cinq sur son terrain de golf, certains jours étaient donc plus frénétiques. Durant cette présidence inattendue et improvisée, c’était davantage une mauvaise blague. Mais cette liberté de colporter n’importe quoi a fini par le ramener au pouvoir et aujourd’hui … elle tue.
Du 12 mars 1947, soit le début de la Guerre froide, au 26 décembre 1991, soit son terme, l’Union soviétique et ses milliers d’espions et compagnons de route, l’URSS et ses millions de soldats, s’employa à détacher l’Europe des États-Unis. Comme chacun sait, elle n’y est jamais parvenue. En deux dates et autant de gestes posés auxquels se sont greffés les propos formulés par Donald Trump et ses vassaux pendant six semaines, ce dernier a donné à Vladimir Poutine, l’ex-espion du KGB qui n’a jamais digéré la disparition de l’URSS, ce dont il rêvait : la division entre les États-Unis et l’Europe. Et ce, sans bouger le petit doigt.
Le lieu est solennel, le moment était solennel. Le président des États-Unis d’Amérique s’adressait aux deux Chambres du Congrès réunies. À la nation. Au monde. D’un ton trumpien : «Nous avons fait plus en 43 jours que la plupart des présidents en quatre ans ou huit ans .» Renommer le Golfe du Mexique en Golf of America est aussi puéril qu’impérialiste. Ou le contraire. Donald Trump en a rajouté dans son premier discours au Congrès depuis son humiliante défaite électorale de novembre 2020.
Au printemps 1990 en compagnie de Gilles Gougeon au cours d’un reportage en Roumanie, nous rendions compte des soubresauts de ce pays bouleversé par les événements qui ponctuaient la fin du monde communiste. Sur le chemin du retour, passant par Budapest, je pris rendez-vous dans une pâtisserie avec une vieille tante. Julia avait survécu à deux guerres mondiales. Elle faisait partie de ces gens qui, darwinisme aidant, avaient acquis un sérieux instinct politique. Elle me fit cette prédiction qui, il faut le dire, mit quelque temps à se réaliser : « Les États-Unis et l’URSS sont en équilibre comme les deux arches d’une voûte, quand l’une d’elle s’effondrera, il y a bien peu de chance que l’autre reste intacte.»
L’Allemagne a retenu son souffle tout au long de la campagne électorale éclair qui s’est terminée le 23 février par la victoire claire et nette de la coalition conservatrice du CDU-CSU de Friedrich Merz. « Seule » ombre au tableau : le deuxième parti devant siéger au Bundestag (Parlement) est néo-nazi. Par ailleurs, si depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, les États-Unis ont fait la pluie et le beau temps en matière de défense en Europe avec leur parapluie nucléaire, l’Allemagne se questionne sur le soutien de l’« ami américain » dans la durée.
Deux villes importantes de l’est de la République démocratique du Congo (RDC) sont tombées aux mains des forces rebelles depuis le début de l’année : Goma, la capitale du Nord-Kivu, deux millions d’habitants, est passée sous le contrôle du M23 le 28 janvier, tandis que Bukavu, la capitale du Sud-Kivu, 1,3 million d’habitants, a subi le même sort le 14 février. Les deux provinces sont riches en minéraux convoités par les nouvelles industries technologiques.

